Mon blog professionnel, à l'attention des dirigeants d'entreprises, fait un point régulier sur les questions de management, gestion des crises. Il suit de près l'actualité sociale, les risques psychosociaux et les négociations en cours
Ca bouge tout de temps dans les entreprises. Il ne se passe jamais plus de dix-huit mois sans réforme, réorganisation, restructuration pompeusement dénommées "vision 2000 quelque chose", "défi", "redressement", "rebond". Plus moyen de se poser ni même de respirer un peu. Tout se passe comme si, pour améliorer la performance de la moindre organisation (publique ou privée), il n'y avait point d'autre salut que celui de la grande lessiveuse qui rebat les cartes à fond, déplaçant les uns, écartant les autres et réduisant les effectifs à tous les coups. Quitte à revenir périodiquement aux solutions ex ante, largement éprouvées, n'est-ce pas?
Longtemps on a recherché dans "l'art de la guerre" de Sun Tzu, la façon d'apprendre la stratégie du mouvement à des entreprises regardées comme figées depuis des lustres. Mais, on a voulu aller si vite, si loin et avec si peu d'idées qu'on s'est limité au "bougisme", cette agitation qui simulte le mouvement sans le moins du monde stimuler les organisations. "Bouger pour ne pas changer", évoquait quelqu'un.
Bien sûr, il y a là l'une des incidences du court termisme qui gangrène l'économie réelle contemporaine. Mais, elle comporte des conséquences gravissimes en termes d'insécurité et d'anxiété pour les personnes. Le pire reste que, lorsque vous en discutez sereinement avec les dirigeants, ils partagent sans difficulté une pareille analyse... avant de s'en retourner à leur puzzle organisationnel.
Comment ne voit-on pas que les capacités de résilience des individus comme des organisations ont leurs limites et qu'une fois atteintes, les gains engrangés sont de pure apparence ? Comment imagine-t-on qu'en sacrifiant des pans entiers d'activité (je ne parle évidemment pas de celles devenues obsolètes) on se prive de la sève nourricière de l'économie?
Le mot a beau être devenu à la mode, il y a de quoi s'indigner, vous ne croyez pas?